A méditer…

Toutes les jeunes filles sont belles le printemps,
Provocantes, avec leur sourire enfantin et plaisant.

Tous les hommes vieux ou jeunes les désirent,
Elles se les jouent, insouciantes dans leur délire.

De temps à autre une d’elle se fait manger par un loup
Qui veut à n’importe quel prix voir ses dessous,
La rêvant consentante, il en oublie toute décence,
Avec brutalité lui déchire le bon temps de l’enfance.

© Bluette
le 2 août 2010


L'indépendance, un rêve ?

La neige est tombée en abondance cette nuit. L’aube est immaculée, belle et poétique. De bon matin, avant que quelqu’un d’autre ne viole cette blancheur encore vierge, je sors écrire une nouvelle histoire. Mon esprit voyage, je marche légèrement sur la pointe des pieds, car mon corps reste vigilant, je ne veux pas glisser, tomber et déposer des traces douloureuses.

En longeant la voie du chemin de fer, je remarque accroché, gelé et rétréci à une feuille de laurier, le continent africain ayant perdu toutes ses couleurs, ses frontières et ses saveurs. Je le prends délicatement entre mes doigts, et le pose sur le dos de ma main. Je le regarde avec tendresse, et l’envie me prend de vouloir le protéger et le réchauffer.

Subitement, du fait de l’humidité de ma main, je prends conscience qu’il fond doucement et qu’il pourrait disparaître. Je pelle la neige du quartier, en fait une montagne, et je grimpe là-haut, et y niche en sûreté mon joyau si précieux. Mais l’angoisse me ronge, parce que si le continent noir reste de glace il va mourir de froid ; et si je le réchauffe, il va fondre.

Après une longue palabre avec moi-même, je capitule. Hélas, je ne peux pas éviter que le peuple africain suive son destin. Je dois le laisser évoluer à son rythme, même si j’aimerais le retenir : par respect de ce qu’il est ; par peur que des mains, plus avides que les miennes, le boivent ou le sucent, ne le laissant pas s’égoutter et fondre naturellement. Un goutte à goutte fertilisant, afin que cette Afrique devienne riche et autonome.

Le cinquantenaire de leur indépendance va être fêté cette année. Les multinationales se congratulent et se tapent dans le dos ! Bien des richesses de ce continent ont déjà été pillées, et le sont toujours à cause de l’avidité de certains et de la complicité des pouvoirs qu’ils ont mis en place. La fête sera organisée par qui ? Les dictatures se disant démocratiques, à la botte des Occidentaux ? Le peuple va jouer le jeu et festoyer, il va chanter et danser, mais est-il encore dupe ? Car même si son sous-sol regorge de diamant, la faim lui tenaille toujours le ventre.

Moi, mon ventre est plein, et fait régulièrement des indigestions. Il est molesté par les mêmes diktas économiques. Mes valeurs ont été bafouées le jour où j’ai accepté des tartines beurrées. Mes racines se sont déterrées lorsque j’ai cautionné la route de la consommation, même si je suis en guerre contre le marketing, qui veut m’obliger à acheter tout et n’importe quoi pour mon bonheur. Je suis devenue dépendante du matérialisme.

© Bluette - janvier 2010


CAROLINE et le taximan

Caroline est une belle femme aux cheveux bruns bouffants et aux yeux verts. Elle est indépendante, gagne sa vie aisément dans une banque de la place. Elle vit seule et n’aime pas Genève en hiver, d’autant plus qu’elle adore le soleil et la mer. Alors elle s’arrange toujours durant cette période de l’année pour partir sur une île au milieu des Caraïbes.

Elle boucle enfin sa dernière valise après avoir rajouté quelques habits et sa trousse de toilette. Il lui reste deux heures pour rejoindre l’aéroport mais elle aime arriver tôt pour l’enregistrement.

Sur le trottoir à la Place du Cirque elle s’inquiète et trépigne car le temps presse et le taxi qu’elle a réservé n’est toujours pas là. Énervée, elle cherche son téléphone portable. Au même moment, le taxi débouche, traverse le carrefour et s’arrête à ses pieds. Le taximan lui fait un large sourire. Il charge ses bagages et lui ouvre la porte d’un air sentencieux. Elle se jette sur le siège en lui disant : « Bonjour, vite à l’aéroport s’il vous plaît ! ». Il lui répond mielleusement tout en la reluquant de haut en bas : « Bonjour, belle dame, vous allez à l’aéroport, c’est avec un grand plaisir que je vous déposerai».

Elle ne fait pas attention à son ton ni à ses manières car dans sa tête, elle récapitule les choses qu’elle ne devait pas oublier de faire avant son départ et espère n’avoir rien oublié. …Elle a laissé ses clefs chez son voisin en lui faisant cadeau du contenu de son frigo, elle a téléphoné à ses parents et débranché la télévision... Elle vérifie angoissée, si elle n’a pas oublié son passeport et remet ses mèches qui se sont relevées en place.

Elle sort de sa rêverie et entend « Va apprendre à conduire, poufiasse ! ». Surprise et le désapprouvant, elle regarde le chauffeur de taxi qui la mate sans complexe avec un sourire niais de macho, sûr de son charme. Il l’observe intensément dans le rétroviseur, les yeux égarés sur ses seins. Elle se sent mal à l’aise et crève d’envie de lui faire une critique sur sa grossièreté, mais à quoi bon.

Elle pose son regard dans la rue pour oublier l’homme assis devant elle. Il se met à pleuvoir et neiger en même temps. Les silhouettes ouvrent leur parapluie, courent dans la pénombre, savent-elles au moins où elles vont ? Une voiture klaxonne avec insistance et quelques gestes obscènes en dépassant le taxi. Elle pense « Merde ! je suis tombée sur un barjot qui en plus conduit comme un pied ». Du coup c’est lui qui rompt le silence en lui disant, comme s’il avait deviné sa pensée : « Détendez-vous, belle dame, je suis destiné à vous conduire au 7ème oh ! pardon à l’aéroport » et il éclate gentiment de rire. Après un long silence, Il allume son autoradio les yeux bloqués sur son rétroviseur. Un blues suave d’Ali Farka Touré retentis dans l’habitacle.

Caroline renfrognée se met à observer son chauffeur discrètement. Elle n’avait pas encore remarqué sa fine moustache noire sous son nez camus et ses lèvres épaisses et luxurieuses. Ses yeux sont d’un bleu lumineux tout en profondeur. Elle songe que s’il n’avait pas de moustache, il serait très séduisant.

Sentant de l’intérêt à travers son regard, il perd de sa superbe et roule plus délicatement comme s’il transportait un objet précieux. Il n’a plus envie de la taquiner, il aimerait passer ses mains dans ses cheveux, embrasser son nez petit et pointu.

Caroline finit par se laisser bercer par la musique, et par l’atmosphère chaleureuse que dégage son regard doux, envoûtant et insistant. Elle se sent bien, elle n’est plus du tout mal à l’aise.

Il rallonge le chemin en faisant un petit détour pour la garder un peu plus longtemps. Elle le laisse faire pour prolonger cet instant teinté de sensualité tout en s’appuyant confortablement et se détendant totalement. Elle part en vacances, vers les aventures alors il peut bien la dévisager et la désirer, d’ailleurs elle en est flattée et réchauffée.

Au bout d’un certain laps de temps, la voiture arrive sur le parking « départ » de l’aéroport international de Genève. Avant de la déposer, il lui demande tristement « Vous êtes obligée de partir aujourd’hui, belle dame, j’aimerais beaucoup vous emmener à Zermatt en week-end, vous êtes ma dernière cliente, je pourrais être votre chevalier servant, vous me plaisez beaucoup vous savez ».

Elle lui lance un regard langoureux laissant supposer qu’elle n’est pas insensible à l’idée de passer un moment en sa compagnie, mais descend du taxi et dit : « Je vais finir par être en retard ». Il se précipite et lui porte ses bagages jusqu’à l’enregistrement pour ne pas la contrarier et lui dire adieu. Il la suit et respire avec volupté le parfum délicieux qui se dégage d’elle. Les bagages enregistrés, ils se font face, les yeux dans les yeux, souffle contre souffle, il va l’embrasser quand elle s’esquive en lui murmurant un peu chancelante « Merci, Monsieur et au revoir » tout en lui glissant dans sa poche discrètement un morceau de papier.

© Bluette 09


Ma Tricyclette

J’avais reçu, du haut de mes quatre ans, un beau vélo muni de trois petites roues et un cadre en bois rempli de couleurs chatoyantes.

Assise sur un siège peint de petites fleurs rouges et tirant sur une sonnette brillante et bruyante, je pédalais à vive allure, les cheveux aux vents et la langue par-dessus mon sourire qui essayait de gober les larmes de mon nez.

Je voulais aller loin, au plus vite, le plus loin possible, pour éviter la fessée promise, à cause d’une peccadille. Sur mon tricycle ce fût ma première ivresse de vitesse et de liberté, avec une sensation de grande puissance que depuis j’eus l’envie irrésistible de partir à l’aventure.

Mais voilà, le tricycle même s’il est rapide, tout aussi rapide que le vent qui soufflait ce jour-là, pour distancer les poursuivants surtout quand ils ont des jambes longues comme le cou des girafes et des âmes d’oppresseurs, ce n’est pas facile.

J’ai le souvenir douloureux d’avoir été arrachée sans ménagement, d’un seul coup, à ma chevauchée fantastique, au goût naissant de ma liberté. D’une telle frustration, je jurais à mes doudous, qu’à la prochaine occasion, je ferais mon baluchon et partirai pour toujours de cet endroit où des gros bras empêchent le tricyclotourisme.

© Bluette 09

La Porte conseille

Me voici enfin devant cette porte qui se situe au milieu de nulle part.

Je m’appuie contre la barrière se trouvant en face et je profite d’un rayon de soleil afin de trouver l’énergie nécessaire pour me préparer à un rendez-vous. Balayant mon appréhension, et suivant les instructions que j’ai reçu par mail - portant le titre : « mission spéciale et urgente » avec en dessous juste la photo d’une porte et un plan pour la trouver - je me décide et pose l’index sur le P de privé inscrit sur le panneau cloué dans le bois en bas de la porte.

La porte grince et couine. Elle s’ouvre automatiquement en grand tout en tremblant mais tenant bon sur ses gonds.

Je la franchis curieuse et décidée. Je me retrouve dans une pièce sans fenêtre, sans mur, une pièce qui n’est pas une pièce mais un plein air. Je regarde de gauche à droite, je suis dans un jardin triste et bizarre, comme laissé à l’abandon. Deux légumes y sont cultivés Je vois des rames de haricots d’une couleur rouge passée qui semblent assoiffés tant ils sont desséchés et d’innombrables courges gigantesques bien dodues, d’un orange éclatant. Un haricot, sans doute le plus vieux, vu son allure moribonde m’accueille et me dit édenté en articulant difficilement sur un ton cependant péremptoire « Vous voilà enfin, nous vous attendions depuis très longtemps, car c’est la fin des haricots et notre jardin envahit par les courges va disparaître si vous ne plantez pas un peu de civilité »

Derrière nous, les courges vaniteuses se piétinent et se mordent pour se placer au mieux pas trop loin du ruisseau pour boire à leur soif mais pas trop prés pour ne pas mouiller leur rondeur, en bousculant sans ménagement les haricots voulant s’approcher de l’eau.

Je demande au vieil haricot : « Qu’est ce dont la civilité ? »

« Les bonnes manières à l’égard d’autrui » dit-il désespéré en s’écroulant. Les autres haricots l’imitent et tombent les uns après les autres dans un nuage de poussière opaque.

Un grand silence s’ensuit. La brume stagne longuement sur le jardin et me laisse suffocante dans un sentiment angoissant d’impossibilité, les bras ballants.

Où vais-je trouver une pousse de civilité ?

© Bluette 09